Le Triomphe de la langue anglaise

  La domination de la langue anglaise coïncida avec la défaite de Napoléon de 1815 et le rôle important accordé à l’Angleterre à la table de négociation du traité de Vienne de la même année qui redessina les frontières de l’Europe. A la suite de ce traité la France subit un rabaissement de son statut de grande puissance au rang de puissance de second ordre, suites aux armées victorieuses de l’Angleterre, de la Prusse et de la Russie. Cette défaite ainsi que la perte d’influence de la France, fit que la langue française perdit son prestige d’antan créé lors du régime glorieux de Louis XIV et plus tard grâce aux victoires de Napoléon en Europe.

La langue française allait demeurer la langue de la diplomatie pour encore un siècle et ce jusqu’au traité de Versailles de 1918 qui allait accorder une place encore plus importante à l’anglais grâce à l’intervention cruciale des États Unis et de l’Angleterre dans ce conflit meurtrier de 1914-1918.

Il faut se rappeler que la langue anglaise n’ayant jamais eu « d’Académie Anglaise, » a pu créer au travers des siècles beaucoup plus de mots que le français soit plus d’un millions de mots, d’après Global Language Monitor, versus cent mille mots notés dans le Grand Robert.

L’Angleterre a été envahie par deux fois dans son histoire, la première fois, par les Romains qui y établirent une colonie qui dura près de 300 ans et finalement par l’invasion de Guillaume le Conquérant en 1066, qui établit une nouvelle classe dominante, les franco-normands. Ceux-ci parlaient français à la cour et en vinrent à dominer totalement la vie économique et sociale du pays. Voilà pourquoi les mots d’une syllabe la plupart du temps onomatopés sont anglo-saxons tels que slap, hit, splash pendant que les mots français vite adoptées grâce à la nouvelle classe dominante tels que table, consideration, travail, versatile et demand; deux mots français qui prirent après 5 siècles un sens différent en anglais.

Durant le long régime d’Edward III (1327-1377), le fils d’Isabelle de France, elle-même petite fille de Saint-Louis, les anglais se rendirent compte qu’il était incongru d’utiliser la langue française a la Cour d’Angleterre pendant que celle-ci était en conflit avec la France durant la guerre de Cent ans. Éventuellement, grâce entre autres à Jeanne d’Arc, les anglais furent chassés de la France en 1453, mais la langue française avait alors disparue de la Cour d’Angleterre.

Une vielle anecdote du temps de Napoléon raconte qu’un bateau de guerre français qui avait le dessus sur un plus petit vaisseau Britannique au large de Toulon, signala par son jeune capitaine français à l’esprit chevaleresque une trêve pour obtenir une reddition du bateau ennemi sans effusion de sang : lors de la trêve l’officier français prononça ces paroles en présence du commandant anglais : «  Sire, je vous demande d’amener votre pavillon pour éviter un combat inutile »

Entendant ces paroles le commandant anglais se raidit et refusa de considérer sa reddition parce qu’il avait compris le sens anglais de «demander» qui équivaut en anglais à exiger... un mot inacceptable pour un fier officier anglais. Le combat reprit donc de plus bel et finalement le bateau de guerre anglais plus petit mais plus rapide réussit à s’enfuir privant ainsi le capitaine français d’une prise de guerre glorieuse.

Quant au mot versatile, au Québec on tend à utiliser le sens anglais qui veut dire habile dans tout, tandis que le sens français de versatile est : celui qui est porté à changer souvent d’opinions.

La langue anglaise a emprunté sans vergogne des milliers de mots de la langue française ce qui a enrichi considérablement cette langue pendant que le français plus frileux garda sa pureté grâce à l’académie française même si parfois des anglicismes inévitables s’y glissent tant chez les français que chez les Québécois.

L’histoire de la langue anglaise nous rappelle qu’elle s’établit là ou l’Empire Britannique fit ces conquêtes; les États-Unis d’Amérique, après un bref conflit avec la mère patrie devinrent un phare pour accentuer la popularité de cette langue.

L’anglais a une facilité innée pour absorber, faire évoluer et même s’accaparer des mots d’autres langues malgré un alphabet écrit qui n’a aucune ressemblance avec la prononciation orale, tel que « foreign » et « colonel ». En plus, l’anglais présente une épellation des mots particulièrement difficiles tels que « thorough » et « height ».

Malgré ces inconvénients, selon « The Open University », la langue anglaise est parlée par au moins 1.5 milliard de personnes sans compter les variations qui inclus l’Hinglish (L’Inde) et Chinglish (La Chine) et la Singlish (Singapore).

Aujourd’hui a la fin de 2015, l’anglais est devenu la « lingua franca » de l’humanité soit la seconde langue de plus en plus utilisée à travers le monde. Les peuples gardent fièrement leur langue nationale mais utilisent l’anglais pour communiquer avec d’autres groupes linguistiques. Le mandarin malgré qu’il soit parlé par près du quart de la population mondiale ne pourra jamais déplacer l’anglais comme langue de communication à cause des difficultés inhérentes à cette langue qui n’a aucune racine parmi les langues populaires dans le monde.

Récemment le Rwanda et la Cameroun pourtant pays francophones, ont décidé de rendre l’anglais obligatoire à l’école secondaire à la place du français.

Chaque peuple conservera donc précieusement sa langue nationale tout en utilisant l’anglais comme langue seconde afin de communiquer avec tous les autres groupes linguistiques.

Selon Statistique Canada, en 2011 près de 10 millions de Canadiens déclaraient pouvoir soutenir une conversation en français comparativement à moins de 9.6 millions en 2006.

Par contre, cela représentait une baisse de pourcentage de 30.7% de la population du Canada en 2006 contre 30.1% en 2011.

Au Québec, la proportion de la population déclarant avoir le français comme langue maternelle a diminué de 80.1% à 79.7% entre 2006 et 2011 ce qui est plutôt négligeable.

L’Immigration internationale

L’immigration influe le plus sur l’évolution du français au Canada. Au cours des 20 dernières années environ 235,000 nouveaux immigrants sont venus s’établir au Canada chaque année. En général parmi les deux langues officielles du pays, la très forte majorité de ces immigrants ne connaissent que l’anglais au travail et dans la vie de tous les jours. C’est donc l’anglais qui au fil du temps finit par s’imposer dans les foyers d’immigrants hors Québec.  La dernière décennie (2002-2012) a démontré que le Québec n’obtenait pas sa proportion d’immigrants soit 18.4% par rapport à son poids démographique au Canada, qui est de 22%.

Vulnérabilité de la langue française au Québec

Il est clair que le Québec, entouré de 350 millions de parlant Anglais contre environ 7 millions parlant français au Canada y’incluant le Québec, soit dans une situation plus fragile que celle de la France avec ses 63 millions de population et entouré de pays partiellement francophones tels que la Belgique et la Suisse.

Avec le gouvernement libéral nouvellement élu, nous pouvons espérer que le nombre de nouveaux immigrants sera plus équitablement réparti à travers le Canada et que la francisation des nouveaux immigrants sera à l’ordre du jour.

Le grand siècle de Louis XIV

Le pouvoir absolu d'un monarque de droit divin permet sa glorification personnelle, mais il conduit inévitablement aux pires dérives étatiques. Bref récit du succès apparent d'un despote qui ruina son pays.

 

Il existe un véritable culte de Louis XIV, surtout chez les peuples francophones. C’est compréhensible, après tout, il a été à une époque le roi le plus puissant d’Europe : le Roi-Soleil. Le long règne de Louis XIV a duré 72 ans : il devint
roi à cinq ans et mourut à 77 ans, en 1715 ; son règne fut caractérisé par l’accentuation du pouvoir absolu et la construction du célèbre Palais de
Versailles et de ses jardins.

Toutefois, Louis XIV ne procura pas seulement des bienfaits glorieux pour la France et pour lui-même, il est aussi coupable de graves méfaits envers les
Français. Énumérons et analysons les réalisations, pas toujours constructives, du Roi-Soleil qui ont affaibli la France ; elles ont amené, à la fin de son
règne, les conditions de crise qui ont permis le déclenchement de la Révolution française de 1789 :

  • la chasse aux protestants et leur émigration subséquente ;
  • le pouvoir absolu du Roi-Soleil ;
  • les nombreuses guerres coûteuses et inutiles ;
  • les fastueuses réjouissances du Roi qui s’amuse pendant que le paysan crève.

Rappelons qu’il faut tempérer nos jugements actuels, quelque 300 ans après les événements précités ; la moralité du XXIe siècle a considérablement évolué
par rapport à celle du XVIIIe siècle.

La chasse aux protestants

Les dragonnades

La France avait connu une paix religieuse relative après qu’Henri IV, grand-père de Louis XIV, eut accordé la liberté de culte aux protestants par l’Édit
de Nantes de 1598. Louis XIV, sous les pressions de son entourage, révoqua cet édit en 1685 ; cela eut des conséquences désastreuses : près de
300 000 protestants désignés huguenots quittèrent la France à la suite d’incessantes persécutions, encouragées par le pouvoir royal, appelées
dragonnades.

Les dragonnades étaient formées de soldats de cavalerie, les dragons, aussi appelés missionnaires bottés, qui pouvaient à l’occasion combattre à pied.
Ces soldats furent utilisés sous Louis XIV pour persécuter les protestants, surtout dans le sud-ouest et le sud de la France. La devise de ce corps d’élite
de soldats de la maison du roi était : « Partout la terreur, partout la mort. »

Ces persécutions débutèrent vers 1681 dans le but avoué de convertir les protestants ; on obligeait ces derniers à loger des dragons, qui avaient pour mission de se livrer à toutes sortes d’exactions sur leurs hôtes protestants et leur famille. Ces persécutions cessaient si les protestants acceptaient de se convertir. Les nouveaux convertis étaient alors exemptés de l’obligation de loger les dragons. Dans le Haut-Poitou, cette méthode créa 30 000 conversions en quelques mois.

Exode

Les actes royaux sous Louis XIV traitent le protestantisme de « Religion prétendue réformée ». Le 17 janvier 1686, Louis XIV déclara que ses politiques avaient réussi à réduire la population protestante à 1500 personnes, alors qu’elle comptait auparavant de 800 000 à 900 000 fidèles. Madame de Maintenon 1, en avril 1681, s’exclama après le début des conversions forcées : « Si Dieu conserve le Roi, il n’y aura pas de huguenots dans 20 ans. » Au XXe siècle, une justification crédible de la révocation de l’Édit de Nantes fut ainsi élaborée : les huguenots du XVIIe siècle constituaient une « cinquième colonne » active, soit un groupe d'opposants menaçant de l’intérieur la sécurité de la France qui était alors entourée d’États protestants hostiles au catholicisme. Dans l’esprit de Louis XIV, éliminer le protestantisme, c’était se débarrasser de cette menace interne.

Se rendant compte que les persécutions des protestants avaient entraîné un exode fatal à l’économie, la révocation de l’Édit de Nantes interdit sévèrement toute émigration des huguenots. Le délit de fuite était puni de pendaison ou d’envoi aux galères pour les hommes et de la prison à vie pour les femmes.

Les nombreux entrepreneurs huguenots qui purent prendre la fuite perdirent tous leurs biens, mais ils emportaient leur précieux savoir-faire : la plupart d’entre eux étaient des artisans avec des connaissances en agronomie, en horlogerie ou dans le domaine des textiles et de la construction navale. Rappelons que la fuite des huguenots vers la Suisse créa de toutes pièces une industrie de l’horlogerie qui a fait la gloire de la Suisse jusqu’à nos jours.

Terribles massacres

Ceux qui restèrent en France furent persécutés jusqu’au milieu du XVIIIe siècle par les dragons. À Douai, dans le nord de la France, on enterrait vivantes les femmes huguenotes dans un cercueil en fer, avec juste la tête dehors pour dire une abjuration ; leurs enfants étaient alors convertis au catholicisme de force.(Réf. 1)

Dans les Cévennes, on détruisit de nombreux villages protestants. Ces événements tragiques inspirèrent à Victor Hugo, un siècle plus tard, un poème. On peut sentir l’indignation du poète dans l’extrait suivant :

Oui, ce fut monstrueux, oui, ce fut lamentable ;
On tuait dans la rue, on tuait dans l’étable ;
On jetait dans le puits l’enfant criant Jésus,
La mère, et l’on mettait une pierre dessus ;
On sabrait du Pasteur la vieille tête chauve ;
Les crosses des mousquets écrasaient dans l’alcôve
La nourrice au berceau, l’aïeule à son rouet ;
Siècle affreux ! Les dragons chassaient à coups de fouet
Devant eux des troupeaux de femmes toutes nues ;
La débauche inventait des rages inconnues ;
Rivières rejetant les noyés sur leurs plages,
Cavalerie affreuse écrasant les villages,
Cent monstres bondissaient de contrée en contrée ;
La cartouche éclatait dans la vierge éventrée ;
Feu, ravage, viol, le carnage, le sang,
La fange, et Bossuet, sinistre, applaudissant !

Exil forcé des huguenots

Les exilés s’enfuirent vers les pays protestants : l’Angleterre, la Hollande, la Suisse, l’Allemagne du Nord. En 1667, la population de Berlin intra-muros atteint 20 000 habitants, dont 4922 exilés français. En 1732, ils sont 8900 pour la seule ville de Berlin ; le savoir-faire de ces exilés aida à y créer une économie préindustrielle. (Réf. 2)

Les tisserands huguenots exilés en Angleterre permirent à Londres de dépasser la ville de Lyon en 1820 pour la consommation de soie brute. Le huguenot français Denis Papin, en exil à Londres en 1681, y développa la première machine à vapeur ; cela permit à l’Angleterre de garder par rapport à la France une avance dans la révolution industrielle à venir 2.

En 1689, l’Angleterre instaure « The English Bill of Rights ». Cette loi établissait une monarchie constitutionnelle qui, entre autres, accordait la liberté de parole et la liberté de presse aux citoyens. Cette même année, Coste de Cévennes, un émigré français, traduisit l’oeuvre du républicain anglais John Locke Traité du gouvernement civil (1690), premier ouvrage autorisant le peuple à se révolter en cas d’abus. Un siècle plus tard en France, c’était fait. (Réf. 3)

Les huguenots venus aux États-Unis directement de France se sont ajoutés à ceux qui sont passés par l’Angleterre et les Provinces-Unies. Un des premiers recensements à la suite de la Révolution américaine signala la présence de plus de 100 000 Américains d’origine huguenote sur une population d’environ un million et demi d’habitants. Les arrivées de colons huguenots dans les treize colonies américaines seront supérieures à l’ensemble des colons envoyés en Nouvelle-France durant tout le régime français, les autorités s’étant opposées très vite à l’envoi de protestants en Nouvelle-France. (Réf. 4)

Des descendants célèbres

L’un des huguenots les plus célèbres aux États-Unis est Davy Crockett, issu de la famille huguenote de Croquetagne, qui anglicisa son nom en se réfugiant en Angleterre avant d’émigrer aux États-Unis. En 1828, il est élu comme représentant des trappeurs du Tennessee.

Plus près de nous il y a la famille Rockefeller, dont l’origine controversée serait une famille huguenote du Limousin, les de Roquefeuille. Ironiquement, c’est grâce à la Fondation Rockefeller que le Palais de Versailles fut sauvé de la décrépitude en 1925-1928 grâce à un don princier de 2 166 000 $, l’équivalent de 40 millions $ en monnaie d’aujourd’hui.

Durant la Deuxième Guerre mondiale, l’armée française fut défaite en six semaines par l’armée allemande qui comprenait cinq généraux allemands descendant des huguenots exilés :

  • le major-général Carl André (1894-1945) ;
  • le général Kurt von der Chevallerie (1891-1945) ;
  • le major-général Hans-Joachim Fouquet (1895-1944) ;
  • le général Ulrich de Maizière (1912-2006) 3 ;
  • le général Rudolf Toussaint (1891-1968).

Le pouvoir absolu du roi

Le sublime Palais de Versailles et ses jardins, maintenant classés comme l'une des merveilles du patrimoine français, furent érigés sous Louis XIV et sur le « dos » des paysans français pendant quarante ans ; ces derniers n'avaient aucune influence sur les fantaisies et ambitions coûteuses de leur souverain.

Un État dirigiste et bureaucratique

L’auteur du célèbre « L’État, c’est moi » a laissé à la fin de sa vie le testament politique suivant, qui aurait plu au pire dictateur moderne : « C’est à la tête seule qu’il convient de délibérer. Toutes les fonctions des autres membres ne consistent que dans l’exécution des commandements. C’est pervertir l’ordre des choses que d’attribuer la résolution aux sujets. »

Convaincu que son autorité royale venait de Dieu et en toute logique, Louis XIV transforma les parlements en simples chambres d’enregistrement, il abandonna la convocation d’états généraux et fit supprimer tous les corps intermédiaires. (Réf. 5)

La France, aidée en cela par le ministre des Finances Jean-Baptiste Colbert, devint un État dirigiste et bureaucratique – cela perdurera jusqu’à maintenant en France moderne ; un nouveau mot pour décrire cet état des choses bien français fut inventé au XXe siècle : le colbertisme. Par l’entremise de Colbert, on fonda de nombreuses sociétés d’État, dont Saint-Gobain 4 dans le verre et les miroirs, principalement pour alimenter la demande stimulée par la construction du Palais de Versailles.

Censure et progrès factice

En 1666, Louis XIV ordonna la réduction du nombre d’imprimeries pour mieux contrôler et censurer la production imprimée ; il fallait donc aller en Hollande ou en Suisse pour éviter la censure ou l’interdiction.

En 1666 est instituée l’Académie des Sciences, l’une des six académies fondées sous son égide. « Colbert, ministre fidèle, rêvait d’une France moderne, unifiée, centralisée pendant que Louis XIV, en roi féodal, rêvait de conquêtes d’un autre temps. » (Réf. 6) À la mort de Colbert, en 1683, le Roi-Soleil continua ses guerres, mais faute de fonds négligea le développement économique.

Et pourtant, diront les admirateurs du Roi-Soleil, on connut durant son règne une expansion de la langue française à travers l’Europe et il y eut Molière, Racine et La Fontaine. Bien ! Toutefois, avant lui, il y eut bien Descartes et Corneille ; les Précieuses ridicules de Molière datent d’avant le règne effectif de Louis XIV, soit en 1659.

En peinture, il y eut bien Charles Le Brun, qui servit de glorificateur du Roi-Soleil, et Pierre Mignard, un peintre de la cour ; c’était un peu mince par rapport à leurs prédécesseurs Georges de La Tour et Nicolas Poussin. En musique, le musicien courtisan Jean- Baptiste Lully sut adopter la musique italienne de son pays natal aux goûts de la cour de Versailles, mais on était loin du génie d’un Vivaldi.

Les guerres du Roi-Soleil

« La soif du pouvoir poussa Louis XIV à rechercher et à obtenir en partie l’hégémonie en Europe, ce qui fait que son règne fut une suite ininterrompue de guerres ». (Réf. 7)

De 1661 à 1715, les frontières de la France furent considérablement élargies en absorbant au nord l’Artois, à l’est, l’Alsace et la Franche-Comté, au sud, le Roussillon. Cette expansion fut liée directement aux manoeuvres guerrières et diplomatiques du Roi- Soleil. L’ombre sanglante au tableau vient des guerres à outrance infligées à des peuples souvent sans défense. Nous allons décrire ici trois des principales guerres et leurs conséquences.

La guerre de Hollande

L’invasion de la Hollande eut lieu en 1672 avec une armée de 150 000 hommes afin d’empêcher, entre autres, que le républicanisme hollandais ne se répande à travers l’Europe. De plus, il fallait punir ce petit pays majoritairement protestant d’avoir proposé l’asile politique à de nombreux dissidents forcés de fuir la France et aussi d’avoir concurrencé trop fortement la France par ses exportations.

Cette guerre, qui dura six ans (de 1672 à 1678), fut une guerre de conquête cruelle qui mit à dos l’Europe entière contre Louis XIV. Le traité de Nimègue y mit fin et Louis XIV put savourer une demi-victoire. Toutefois, cette guerre avait transformé Guillaume d’Orange, le capitaine général des armées néerlandaises (Stadthouder), en ennemi juré du Roi- Soleil.

Son hostilité envers Louis XIV se continua de plus belle lorsqu’il devint roi d’Angleterre sous le nom de William III d’Orange en 1689. À partir de ce moment, ce dernier, fortement hostile à la religion catholique romaine, transforma l’Angleterre d’alliée de la France qu’elle était au début du conflit néerlandais en ennemie jurée ; cette situation allait durer près de deux siècles.

La guerre de succession du Palatinat

En 1688 Louis XIV, sous prétexte que son frère le duc d’Orléans avait épousé la princesse palatine Charlotte-Elizabeth, réclame pour la France sa dot, soit la moitié du territoire du Palatinat, à la mort de l’Électeur palatin en 1685. Le nouvel Électeur refusa cette revendication et Louis XIV envahit alors ce territoire et l’occupa. Cette guerre durera une dizaine d’années (1688-1697) sur plusieurs fronts.

Le pays, incluant singulièrement la ville universitaire de Heidelberg, ne fut bientôt que ruines. La plupart des villes, telles que Mannheim, furent brûlées sur ordre de Versailles et le château même de l’Électeur fut rasé, provoquant une indignation et une mobilisation de tous les princes allemands contre la France. (Réf. 8) Cette hostilité contre les Français, surtout en Allemagne du Nord, allait persister pendant plus de deux siècles et demi.

La guerre de succession d’Espagne

Finalement, de 1701 à 1712, il y eut la guerre de succession d’Espagne, par laquelle Louis XIV réussit à maintenir son petit-fils sur le trône d’Espagne. Cette guerre acheva de ruiner la France et de vider les coffres de l’État. Elle marque la fin de la suprématie française en Europe ; elle confirme la maîtrise des mers et l’extension coloniale de l’Angleterre, qui s’empare alors de la Baie d’Hudson, de Terre-Neuve et de l’Acadie lors du traité d’Utrecht de 1713.

À la fin de son règne, Louis XIV avait négligé la marine de guerre française pour consacrer les ressources du pays aux armées de terre : en 1691, il y avait cent navires de guerre français ; en 1715, il n’y en avait plus que quarante-cinq. (Réf. 9)

Cette lacune allait permettre à l’Angleterre de s’emparer définitivement des possessions françaises en Amérique du Nord en 1759. En effet, il était impossible de maintenir un empire outre-mer sans une puissante flotte de guerre pour contrer la flotte anglaise.

À la fin de sa vie, Louis XIV admit à ses proches « qu’il avait trop aimé la guerre ». Ces guerres, conjuguées aux famines de 1693 et de 1709, affaiblirent considérablement la France. En 1661, au début du règne effectif de Louis XIV, elle était riche. À sa mort, en 1715, elle était ruinée.

Faste royal et misère paysane

Le roi s’amuse pendant que le paysan crève

« Versailles devint le symbole de la grandeur de Louis XIV. La cour y vit dans un luxe inégalé au milieu d’un tourbillon de fêtes et de plaisirs. Tout comme le soleil, symbole choisi par Louis XIV, les courtisans assistent au lever, aux repas et au coucher du Roi-Soleil. Dans cette débauche de luxe et d’or, les écrivains présentent leurs oeuvres et le théâtre fait partie des réjouissances. » (Réf. 10)

Louis XIV dans sa jeunesse était considéré comme l'un des meilleurs danseurs d’Europe. Plus tard, il devint aussi un séducteur redoutable, qui lui valut plus d’une douzaine de maîtresses aristocrates (Réf. 11), qui souvent étaient pensionnées aux frais de l’État dans des châteaux en province lorsque les liaisons se terminaient.

Ce furent les paysans français, soit 90 % de la population, qui payèrent pour tous ces excès glorieux, puisque les nobles et le clergé ne payaient pas d’impôts. La famine de 1693 et de 1709 tua près de deux millions d’habitants. À l’hiver 1709, vers la fin du régime du Roi-Soleil, la famine fit baisser de 3,5 % la population française, et cela par manque d’un système étatique de distribution de nourriture en cas de famine.

Taxes écrasantes

Il y avait alors en France, sur une population de 21 millions d’âmes, 350 000 nobles qui se faisaient vivre par 19 millions de paysans, d’artisans et de domestiques parmi les plus pauvres d’Europe. (Réf. 12) En comparaison, l’Angleterre, son grand rival, avait une population de 6 millions d’habitants et ses paysans, qui comprenaient 70 % de la population, y étaient moins démunis 5.

Sous Louis XIV, les paysans devaient payer la taille, un impôt de répartition établi par le roi, et la gabelle, une taxe sur le sel. Ils devaient au roi des jours de corvée. Finalement, le champarteur venait prendre le dixième des récoltes et le curé lui aussi avait droit à un dixième : c’était la dîme. (Réf. 13)

Mentionnons également l’afforage, qui était le droit prélevé sur la vente de vin et de bière, et finalement le droit de pontenage, que le seigneur ou le prévôt percevait au passage des ponts. Ce système de taxation, écrasant pour les paysans, perdura jusqu’au début de 1789. La Révolution française de juillet 1789 mit alors fin aux exemptions et privilèges des nobles et du clergé ; elle abolit la royauté par la proclamation de la République en septembre 1792.

Violence et misère de l’oppression royale

En somme, Louis XIV, le Roi-Soleil, a été le plus marquant des rois français, tant par la durée de son règne et son goût pour l’apparat que par sa domination complète de l’Europe. Cette gloire royale se fit aux dépens de dizaines milliers de protestants français massacrés, de millions de citoyens soumis à des taxes oppressives et de toute l’Europe limitrophe, ravagée par des guerres de conquête du roi français pendant une cinquantaine d’années. Le pouvoir absolu, allégué d’origine divine ou non, a conduit aux pires abus.

Notes

  1. La deuxième épouse du roi Louis XIV, qu’il épousa dans une cérémonie privée en 1686.
  2. Il fallut attendre 1787, sous Louis XVI, pour qu’on reconnaisse les droits civils aux protestants français.
  3. Ironiquement, le général de Maizière fut le « libérateur » en 1940 de Maizière-les-Metz en Lorraine, ancien chef-lieu de ses ancêtres.
  4. Saint-Gobain existe toujours, mais sous la propriété d’actionnaires privés ; elle est une des 15 sociétés françaises les plus importantes et possède des filiales partout dans le monde.
  5. Nous supposons que la même proportion des salaires des ouvriers de la construction s’appliquerait aux revenus des paysans de France par rapport à ceux de l’Angleterre et de la Hollande

Références

  1. ARNAUD, E. Histoire des protestants du Vivarais et du Velay, Grassard Librairie éditeur, Paris, 1888.
  2. MIQUEL, Pierre. Les Guerres de religion, Fayard.
  3. La diaspora des huguenots : les réfugiés protestants de France et leur dispersion dans le monde (XVIe-XVIIIe siècles), Eckart Birnstiel et Chrystel Bernat.
  4. Statuts de la Compagnie des Cent-Associés au temps de Champlain.
  5. KAPLAN, Laurent. Le Nouveau Marianne, juillet 2013.
  6. CHEVÉ, Joëlle. Historia, septembre 2013.
  7. Le français au Grand Siècle, Université Laval, www.axl.cefan.ulaval.ca.
  8. CÉNAT., Jean Philippe. Louis XIV ; Le drame du ravage du Palatinat.
  9. Le français au Grand Siècle, Université Laval, www.axl.cefan.ulaval.ca.
  10. PETITFILS, Jean-Christian. Louis XIV.
  11. Wikipédia : Liste des maîtresses des rois de France, http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_ma%C3%AEtresses_des_rois_de_France.
  12. Les salaires réels des ouvriers de la construction à Paris étaient de moitié moins que les salaires payés à Amsterdam et à Londres au début du XVIIIe siècle – Sevket Pamuk et Jan Luiten Van Zanden.LEGRAND, Olivier. Les impôts avant la Révolution.

Tiré du Québec sceptique, no. 83 (version PDF avec images)

Montgolfier contre Mesplet: Débuts tumultueux de l’imprimerie au Québec

Comment le pouvoir religieux, allié à l'autorité civile, réussit à supprimer le premier journal de langue française au Canada.

À l’occasion du 350e anniversaire de l’arrivée des sulpiciens en Nouvelle-France, de nombreuses fêtes, cérémonies et célébrations eurent lieu pour commémorer cet évènement ainsi que les réalisations des Messieurs de Saint-Sulpice ; ces réalisations ne furent pas des moindres surtout dans le domaine de l’éducation. Un livre vient d’être publié chez Fides, intitulé Les Sulpiciens de Montréal : Une histoire de pouvoir et de discrétion, 1657-2007 ; curieusement, on n’y fait pas mention d’un épisode marquant de notre histoire ancienne, où le Supérieur du Collège de Montréal, Étienne Montgolfier (1712-1791), joua un rôle important quant à la suppression du premier journal au pays.

 

Refus humiliant du Supérieur de Paris

Un grand oublié de notre histoire post-Conquête est Fleury Mesplet (1734-1794), qui se distingua comme notre premier imprimeur et éditeur, comblant ainsi une lacune désolante, soit l’absence d’une imprimerie au pays. Les sulpiciens de Montréal avaient biententé à l’époque de la Nouvelle-France d’établir un atelier d’imprimerie, mais ce fut une fin de non-recevoir comme le montre la réponse adressée au Supérieur des sulpiciens de Montréal, François Vachon de Belmont, de la part du Supérieur de Paris, Louis Tronson :

« On a cru qu’il serait inutile de vous envoyer les caractères d’imprimerie que vous demandiez parce qu’on nous a dit que vous ne pourriez pas vous en servir et que les livres ne vous en apprendraient pas assez pour pouvoir réussir. »

Échec complet de Franklin à Montréal

Montréal fut occupé pendant près d’une année en 1775-1776 par les Américains, alors qu’ils avaient été repoussés à Québec ; Benjamin Franklin, alors âgé de 70 ans et accompagné d’une importante délégation officielle se rendit à Montréal au début de mai 1776.

Le but de cette délégation était d’inciter les Canadiens français à se ranger du côté des Américains afin de se débarrasser du joug britannique. Pour cela, Benjamin Franklin avait en sa possession une lettre en français du Congrès américain, lettre qui se voulait un plaidoyer pour la liberté. Celle-ci fut remise aux notables de Montréal, qui restèrent de glace.

Néanmoins, sachant qu’il n’y avait pas d’imprimeur à Montréal, Franklin avait convaincu Fleury Mesplet, né à Lyon, de venir avec la délégation américaine à Montréal avec tout son matériel d’imprimerie.

Franklin, découragé de l’attitude négative des seigneurs et du clergé, décida de revenir à Philadelphie après un séjour d’à peine deux semaines ; Mesplet lui, décida de rester, s’installant à Montréal en mai 1776. Mais aussitôt après, les Anglais reprirent le contrôle de la ville, et nommèrent Frederick Haldimand (1718-1791) gouverneur général du Canada ; celui-ci trouva que la présence d’un imprimeur à Montréal ne pouvait qu’être bénéfique pour ses habitants et laissa donc à Mesplet toute liberté d’exercer son métier.

Débuts difficiles de l’imprimerie

Fleury Mesplet obtint alors quelques contrats d’imprimerie, surtout des livres pieux tels que le Règlement de la confrérie de l’Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement et de la Bonne Mort, premier livre imprimé au Canada. En 1778, il décida de fonder une publication hebdomadaire appelée La Gazette littéraire de Montréal. Imbu des idées du Siècle des Lumières, Mesplet fit publier des articles des Encyclopédistes, des écrits de Voltaire, ainsi que des plaidoyers réclamant une plus grande liberté d’expression.

Mal accueillie par les autorités religieuses, La Gazette littéraire signa son arrêt de mort lorsqu’elle ouvrit une tribune aux lecteurs où, sous des noms d’emprunt, certains étudiants du Collège de Montréal firent publier des lettres considérées séditieuses par le Supérieur du Collège. Après enquête, on identifia les « coupables » et ceux-ci furent mis illico à la porte du Collège.

Habitué à un ordre intégriste pré-Lumières en France, Monsieur Montgolfier s’allia au Seigneur Hertel de Rouville (1720- 1793), un juge qui avait ses entrées auprès du gouverneur, pour réclamer la fermeture de La Gazette littéraire. Initialement, Haldimand résista aux pressions conjuguées de ces deux notables, au nom de la liberté de presse chère aux Anglais, mais finit par céder, surtout après avoir reçu une lettre de Montgolfier en janvier 1779, où celui-ci réclamait la suppression du périodique.

Pressions cléricales victorieuses

L’éminent sulpicien, en plus de déplorer « les éloges continuels à des auteurs impies », pria son Excellence le Gouverneur Haldimand de bien vouloir « mettre fin à cette licence soit en interdisant entièrement cette gazette soit en nommant à l’imprimeur un censeur de confiance, qui eût également à coeur les intérêts de la religion, de l’État et des bonnes moeurs ».

Le gouverneur répondit sans tarder à Monsieur Montgolfier pour l’assurer qu’il avait expressément défendu à Mesplet d’attaquer la religion ou le clergé tout en le priant de surveiller Mesplet et de l’avertir s’il s’écartait de la conduite qu’il lui avait imposée.

Finalement, le coup de grâce : en mai 1779, Hertel, sieur de Rouville, juge des plaidoyers, écrivit à son tour à Haldimand : « Nous croyons Monsieur que cet imprimeur met le comble à la mesure et se croit en droit de nous insulter et de braver le gouvernement sous la protection duquel nous avons l’honneur d’exercer de notre mieux. » En juin 1779, Haldimand fit arrêter Mesplet et son rédacteur Jautard, pour cause de « traitorous practices » et sans procès, les fit jeter dans un cachot de la ville de Québec.

La Gazette de Montréal

Pendant l’emprisonnement de Mesplet, qui dura trois années, son épouse continua tant bien que mal à diriger la seule imprimerie au Québec et à survivre en obtenant des contrats d’imprimerie de la part des communautés religieuses du Québec, y compris des sulpiciens de Montréal. La Gazette littéraire n’était plus, et il fallut attendre la libération de Mesplet pour qu’une autre publication, La Gazette de Montréal, y voie le jour en 1785.

Maintenant bilingue, elle était lue par les Anglais aussi bien que par les Canadiens français. La Gazette se trouva ainsi à l’abri de toute tentative de muselage de la part des ennemis de la liberté de presse, puisqu’on pouvait plus difficilement arrêter la publication d’un journal lu par les occupants. Ce journal devint unilingue anglais en 1794 à la mort de Mesplet, et fut rebaptisé The Gazette, qui continue d’être publié aujourd’hui.

 

Références

DE LAGRAVE, Jean-Paul. L’époque de Voltaire au Canada, L’Étincelle éditeur (1994).
LAPRES, Daniel. « Libres penseurs dans l‘histoire du Québec », Québec sceptique no 68, printemps 2009.

Tiré de Le Québec sceptique, no 75 (version PDF avec images)

Soeur St.Gabriel

Une autre histoire beaucoup plus dramatique eut lieu lors de la conquête de la Nouvelle-France et de la bataille des plaines d’Abraham de septembre 1759.  Cette histoire invraisemblable impliquant une religieuse et un soldat anglais fut publiée récemment dans un livre intitulé A Bard of Wolfe’s army 1733-1830 publié sous l’égide de la Fondation Stewart.

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Dans ce livre, un sergent écossais du nom de James Thomson de l’armée anglaise relate  ses mémoires récemment publiées et annotées par deux historiens Earl John Chapman et Ian Macpherson McCulloch. Le Sergent Thomson éduqué en Écosse nous raconte des anecdotes dont une avec le Général Wolfe le vainqueur de la bataille des plaines d’Abraham du treize septembre 1759.  Après cette bataille des centaines de blessés tant français qu’anglais furent transportés à l’hôpital Général de Québec pour être soignés par les soeurs hospitalières Ursulines.

Un blessé âgé de 23 ans, le Sergent John Wilson des Fraser’s Highlanders fut transporté dans un lit d’hôpital sous les soins attentifs d’une jeune religieuse de 19 ans, Soeur Saint Gabriel.  La jeune religieuse complètement dévouée à son patient, fut en grande partie responsable de la guérison quasi-complète de ses blessures.  Le 28 avril, branle-bas de combat, le Général Murray faisait face à une contre-attaque des forces françaises commandées par le chevalier de Lévis à Sillery.

Malgré son état de faiblesse le Sergent Wilson se porta volontaire pour ne pas lâcher son régiment, et après examen médical il fut déclaré apte au combat: son départ entraîna une crise de pleurs de la part de Soeur St. Gabriel ce qui n’attira pas initialement l’attention des autres religieuses.  Malheureusement la bataille de Sillery remportée par les français causa la mort de nombreux soldats dont celle du jeune Sergent Wilson.

Lorsque Soeur Saint Gabriel décrite par le Sergent Thomson comme une jeune femme accorte (a comely young woman) appris la nouvelle du décès du Sergent Wilson elle fut terrassée par des convulsions qui alarmèrent profondément les soeurs du couvent.

Transportée à l’hôpital et déshabillée, elle fut mise au lit quand Oh surprise! on découvrit son état avancé de grossesse!  On fit donc le lien rapidement entre sa crise épileptique et la mort du jeune soldat écossaise.

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La Mère Supérieure fut mandée immédiatement et elle accusa alors Soeur Saint Gabriel de conduite pécheresse impardonnable tout en la menaçant de torture si elle n’avouait pas son crime.  On ne pu rien tirer de la pauvre jeune femme sauf des soupirs et des sanglots.  Amenée devant le conseil des religieuses, tout ce qu’on pu lui arracher furent ces quelques paroles: « Ah! Nous sommes toutes mortelles ».

Finalement on rédigea un acte de condamnation contre Soeur Saint Gabriel dont la sentence était « la mort par étouffement entre deux matelas de plumes ».  Cet acte fut dûment signé par l’évêque de Québec et envoyé par un prêtre pour confirmation par le Général Murray.  Cette procédure, dans ce genre de situation, était la règle lors du Régime Français où l’intendant devait ratifier de tels jugements.

Cependant le Général Murray refusa d’entériner ce jugement et il envoya une réplique de soldat à la Soeur Supérieure, selon quoi:  « Elles n’avaient aucun droit de porter un jugement impliquant la vie d’un sujet de Sa Majesté le Roi d’Angleterre et que si la religieuse en question était accusée d’un crime qu’on lui fasse alors un procès dans une cour légalement constituée et non pas dans un conseil de religieuses. »

De plus, déclara-t-il « que si les religieuses ne se désistaient pas, qu’il ordonnerait deux pièces d’artillerie qui seraient placées devant la porte du couvent prêtes à détruire les murs et qu’en plus qu’il ferait un rapport à Londres dénonçant la transgression honteuse commise contre les lois existantes.

Il semblerait que la sentence imposée fut reportée indéfiniment même si les règles de l’ordre défendait sous peines graves tout contact avec une personne du sexe opposé, pas même une conversation sauf en cas d’actes charitables;  en cas de transgression, suivant le Sergent Thomson, les religieuses devaient en conscience soit faire étouffer la coupable entre deux matelas de plumes ou l’emprisonner dans une cellule au pain et à l’eau.1

 James Thompson (1793) 47 rue Ste Ursule, Ville de Québec

James Thompson (1793) 47 rue Ste Ursule, Ville de Québec

 

Quelques années plus tard le Sergent Thomson qui en tant qu’ingénieur des bâtiments devait inspecter les grand bâtiments publics de Québec avait à rencontrer Soeur St. Gabriel lors de ses visites d’inspection.  Elle était bien vivante et s’occupait des petites réparations à la structure du couvent.  Au fil des années, les deux devinrent amis et avec grande précaution le Sergent Thomson apprit que le bébé né de sa liaison avec le Sergent Wilson était vivant et avait été confié à la grand-mère qui vivait non loin.  Dix-sept ans après la naissance Soeur St. Gabriel réussit à recevoir une lettre de son fils grâce au Sergent Thomson à qui la grand-mère avait confié cette lettre précieuse pour la remettre à sa fille Soeur St. Gabriel.  La pauvre maman-nonne mourut à 46 ans sans avoir jamais vu son fils.2

L’histoire de Mesplet et de Jautard circa 1780 montre l’influence encore considérable du clergé et des seigneurs intégristes sur l’administration  britannique pendant que l’anecdote du Sergent Thomson de 1760 nous démontre l’effet bénéfique d’une intervention d’un gouverneur anglais Murray.  En somme le régime britannique aida le Québec à faire une transition graduelle de l’autoritarisme religieux  et de l’absolutisme royal vers un système démocratique et ce sur une période de cent ans marque du soubresaut de 1837-38 jusqu’à l’acte confédératif de 1867.

1Note de Pierre Arbour. La sentence d’étouffement réglait deux problèmes:  on se débarrassait de la coupable et du fruit de son crime.

2L’archiviste de l’Hôtel-Dieu put confirmer à l’éditeur Earl John Chapman que Soeur St.Gabriel avait bel et bien existée et que celle-ci mourut en juin 1787  l’âge de 46 ans.  Cette confirmation fut obtenue avec la promesse de ne pas révéler le nom de famille de Soeur St.Gabriel: pour le moment il a été impossible d’obtenir le compte-rendu du procès de Soeur St.Gabriel autorisant l’Acte de Condamnation.

Comment la démocratie s’établit au Québec

De la monarchie française au parlementarisme anglais – anecdotes tragiques de l’influence civilisatrice du Régime anglais au Bas-Canada, en dépit d’une nette domination ecclésiastique. Revue de certains aspects de l’évolution de la démocratie au Québec.

 

L’apprentissage de la démocratie au Québec commença à la suite de la conquête de la Nouvelle-France par les Anglais victorieux.

La défaite des plaines d’Abraham, en 1759, et la capitulation de Montréal, au printemps de 1760, entraînèrent le départ des Français de la Nouvelle-France, dorénavant appelée Canada. Après la Guerre de Sept Ans, dont la Conquête est un épisode en terre d’Amérique, la France et l’Angleterre signèrent en 1763 le Traité de Paris qui, entre autres arrangements, accordait aux habitants français du Canada la liberté de culte et le maintien du régime seigneurial.

Ensuite, par l’Acte de Québec de 1774, on maintint l’obligation du serment au roi d’Angleterre comme condition de participation au gouvernement de la colonie, mais cette fois sans renoncer à la foi catholique. Également, sous la recommandation du gouverneur Murray, qui craignait l’attrait de la Révolution américaine auprès des 85 000 Canadiens français de la nouvelle colonie britannique, on réaffirma le droit des citoyens de pratiquer la religion catholique, ainsi que d’utiliser le droit français dans les causes civiles. Finalement, on restaura le système seigneurial français aux fins d’allouer et de gérer les terres du pays.

Lois anglaises

Le gouverneur anglais, qui remplaçait l’intendant français nommé par Louis XV, venait d’un pays dont la tradition et les usages politiques étaient fort différents de ce qui existait en France.

En Angleterre, la Magna carta de 1215, appelée aussi la Grande Charte des Libertés, avait eu comme effet de limiter le pouvoir de la monarchie au profit des barons féodaux. Avec le temps, cette charte en vint à mettre le roi anglais sous l’autorité des lois (Rule of law). Ce document devint, suivant les paroles de Lord Jenning, « le plus important document constitutionnel de tous les temps, la fondation de la liberté du citoyen contre l’autorité arbitraire du despote ».

Ce document fut suivi de l’Habeas Corpus Act de 1679, qui visait à empêcher les arrestations arbitraires, et ce, en grand contraste avec les lettres de cachet des rois français, qui pouvaient envoyer des innocents à la Bastille pour longtemps.

Monarchie française

La France connut un tout autre parcours, qui atteindra un point culminant sous Louis XIV. Annonçant sa décision de se passer de premier ministre, ce dernier proclame lors de son accession au trône: « L’État c’est moi. » Jusqu’à la Révolution française, qui débute en 1789, il fut impossible de changer le concept bien français de monarchie absolue.

De sorte que, sous Louis XV et Louis XVI, toute suggestion de monarchie constitutionnelle à l’anglaise fut sévèrement réprimée. La Révolution française élimina la monarchie pour la remplacer malheureusement en 1805 par la dictature impériale de Napoléon.

Démocratie à l’anglaise

Pendant ce temps en Angleterre, la démocratie avançait à grands pas : en 1705, on tenait une élection où les électeurs, surtout des propriétaires fonciers, pouvaient élire des députés siégeant à la Chambre des Communes (House of Commons).

L’institution anglaise traversa bientôt l’Atlantique. À la suite de l’Acte constitutionnel du 10 juin 1791, le Parlement anglais créa deux provinces distinctes : le Haut-Canada anglophone et le Bas-Canada à forte majorité française. Il y fallait donc, comme en Angleterre, un parlement. Aussi, en décembre 1792, on forma, sous l’autorité du gouverneur anglais, deux assemblées parlementaires, une au Bas-Canada (Québec) et une autre au Haut-Canada (Ontario).

Suite à l’élection de 1792, on élit 50 députés dans chaque province. Une controverse survint lorsque l’assemblée du Bas-Canada nomma Jean Antoine Panet comme président de l’Assemblée : cela irrita nombre d’anglophones habitués à dominer la politique du pays dans leur langue.

Après discussion avec Londres, on permit que les lois votées par le nouveau Parlement puissent être rédigées en français, à condition qu’il y ait une version anglaise correspondante. Ce fut une première dans l’Empire britannique, dont ce qui deviendra le Québec faisait partie. En effet, aucun autre pays de l’Empire ne pouvait rédiger ses lois dans une autre langue que l’anglais.

Bientôt, plusieurs Canadiens français devinrent de brillants parlementaires et graduellement le régime démocratique prit racine dans la population du Québec à l’instar des États-Unis, également inspiré par le parlementarisme anglais.

Autoritarisme religieux

Accompagnant l’absolutisme du régime français, il y avait aussi l’autoritarisme religieux qui était non moins pernicieux. Il faut se rappeler qu’à partir de Samuel de Champlain, le premier gouverneur de la Nouvelle-France, la venue de protestants dans la colonie était interdite par un édit de 1627 de Louis XIII, le successeur d’Henri IV créant la Compagnie des Cent Associés. Cette compagnie qui avait le monopole du commerce du Canada ne pouvait accepter que des colons catholiques.

Plus tard, les autorités religieuses et civiles se gardèrent bien d’importer les idées des Encyclopédistes français du milieu du XVIIIe siècle, et on garda donc les citoyens de la Nouvelle-France dans l’ignorance de ces nouveaux auteurs considérés impies par les autorités religieuses.

Aussi, quelle ne fut pas l’indignation du clergé de se rendre compte que la publication du premier journal au Québec en 1778, La Gazette Littéraire de Montréal permettait la diffusion des idées nouvelles venant de France et en particulier celles de Voltaire. Valentin Jautard devint le premier rédacteur de La Gazette.

Bientôt, à l’été 1779, une alliance entre clergé et seigneurs, soit entre Monsieur Étienne Mongolfier, supérieur du Collège de Montréal, et Monsieur Hertel Sieur de Rouville, convainc le gouverneur Haldimand d’emprisonner l’imprimeur Fleury Mesplet pour 3 ans et pour le rédacteur en chef Valentin Jautard considéré plus coupable pour 3 ans et demi.

Enfermé dans une prison froide et humide dans les remparts de Québec, appelée « prison de la prévôté », Jautard eut droit à un régime de pain et d’eau servi par le geôlier d’office, un franciscain appelé le père Berey, bien averti de traiter son prisonnier impie de la « bonne » façon. Jautard, sa santé ruinée, mourut moins de cinq années après sa sortie de prison, à l’âge de 49 ans.1

Quant à Mesplet, une fois sorti de prison, il reprit la direction de son imprimerie qui avait fonctionnée durant trois longues années sous la direction de son épouse.

Il décida alors en 1785, 3 ans après sa sortie de prison, de continuer la publication de son journal qui cette fois-ci devint bilingue, « La Gazette de Montréal » / « The Montreal Gazette », ce qui la protégea contre les tentatives de bâillonnement du gouverneur anglais et des autorités religieuses puisque le journal était lu par l’élite anglo de Montréal.

Le journal fut publié jusqu’à sa mort en 1794; le journal fut alors repris par des investisseurs anglophones et est toujours publié en anglais sous le nom de « The Gazette »

Le sergent James Thomson

Une autre histoire beaucoup plus dramatique eut lieu lors de la conquête de la Nouvelle-France et de la bataille des plaines d’Abraham de septembre 1759. Cette histoire invraisemblable, impliquant une religieuse et un soldat anglais, fut publiée récemment dans un livre intitulé A Bard of Wolfe’s Army, sous l’égide de la Fondation Stewart2.

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Dans ce livre, un sergent écossais de l’armée anglaise du nom de James Thompson (1733-1830) rédige ses mémoires, qui seront plus tard édités et annotés par deux historiens : Earl John Chapman et Ian Macpherson McCulloch.

Le sergent Thompson, éduqué en Écosse, relate quelques anecdotes, dont une reliée à la défaite de Montcalm par le Général Wolfe en septembre 1759 ; après cette bataille, des centaines de blessés tant français qu’anglais furent transportés à l’hôpital Général de Québec pour être soignés par les sœurs hospitalières ursulines.

 

Une relation particulière

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Un blessé âgé de 23 ans, le Sergent John Wilson, des Fraser’s Highlanders, fut transporté dans un lit d’hôpital sous les soins attentifs d’une jeune religieuse de 19 ans, soeur Saint-Gabriel. La jeune religieuse, complètement dévouée à son patient, fut en grande partie responsable de la guérison quasi complète de ses blessures. Le 28 avril 1760, branle-bas de combat, le général Murray faisait face à Sillery à une contre-attaque des forces françaises commandées par le chevalier de Lévis.

Malgré son état de faiblesse, le Sergent Wilson se porta volontaire pour ne pas lâcher son régiment. Après examen médical, il fut déclaré apte au combat : son départ entraîna une crise de pleurs de la part de Soeur St Gabriel, ce qui n’attira pas initialement l’attention des autres religieuses. Malheureusement, la bataille de Sillery, remportée par les Français, causa la mort de nombreux soldats, dont celle du jeune Sergent Wilson.

Lorsque soeur Saint-Gabriel, décrite par le Sergent Thomson comme une jeune femme accorte (a comely young woman), apprit la nouvelle du décès du Sergent Wilson, elle fut terrassée par des convulsions qui alarmèrent profondément les sœurs du couvent.

Transportée à l’hôpital et déshabillée, elle fut mise au lit. Quand – oh surprise ! – on découvrit son état avancé de grossesse, on fit rapidement le lien entre sa crise épileptique et la mort du jeune soldat écossais.

 

Une condamnation arbitraire

La mère supérieure fut mandée immédiatement et elle accusa alors soeur Saint-Gabriel de conduite criminelle impardonnable, tout en la menaçant de torture si elle n’avouait pas son crime. On ne put rien tirer de la pauvre jeune femme, sauf des soupirs et des sanglots. Amenée devant le conseil des religieuses, tout ce qu’on put lui arracher fut ces quelques paroles : « Ah ! Nous sommes toutes mortelles. »

Finalement, on rédigea un acte de condamnation contre soeur Saint-Gabriel dont la sentence était « la mort par étouffement entre deux matelas de plumes ». Cet acte fut dûment signé par l’évêque de Québec et envoyé par un prêtre pour confirmation par le Général Murray. Cette procédure, dans ce genre de situation, était la règle lors du Régime français où l’Intendant devait ratifier de tels jugements.

Opposition du gouverneur anglais

Cependant, le Général Murray refusa d’entériner ce jugement. Il envoya cette réplique de soldat à la mère supérieure : « [les religieuses] n’avaient aucun droit de porter un jugement impliquant la vie d’un sujet de Sa Majesté le roi d’Angleterre… [Et] si la religieuse en question était accusée d’un crime, qu’on lui fasse alors un procès dans une cour légalement constituée et non pas dans un conseil de religieuses. »

De plus, déclara-t-il : « Si les religieuses ne se désistaient pas, il ordonnerait deux pièces d’artillerie qui seraient placées devant la porte du couvent prêtes à détruire les murs. Et, il ferait un rapport à Londres, dénonçant la transgression honteuse commise contre les lois existantes. »

Il semblerait que la sentence imposée fut reportée indéfiniment, même si les règles de l’ordre défendaient, sous peines graves, tout contact avec une personne du sexe opposé ; pas même une conversation n’était permise, sauf en cas d’actes charitables. En cas de transgression, suivant le Sergent Thomson, les religieuses devaient en conscience soit faire étouffer la coupable entre deux matelas de plumes, soit l’emprisonner dans une cellule au pain et à l’eau.3

Un sergent bienveillant

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Quelques années plus tard, le Sergent Thompson, qui, en tant qu’ingénieur des bâtiments, devait inspecter les grands bâtiments publics de Québec, avait à rencontrer soeur Saint-Gabriel lors de ses visites d’inspection. Elle était bien vivante et s’occupait de petites réparations à la structure du couvent.

Au fil des années, les deux devinrent amis et, avec grande délicatesse, le Sergent Thompson apprit que le bébé né de sa liaison avec le Sergent Wilson était vivant et avait été confié à sa grand-mère maternelle, qui vivait non loin. Près de vingt ans après la naissance de l’enfant, soeur Saint-Gabriel réussit à recevoir une lettre de son fils grâce au Sergent Thompson à qui la grand-mère avait confié cette lettre précieuse pour la remettre à sa fille. La pauvre religieuse mourut à 46 ans sans n’avoir jamais vu grandir son fils.4

Démocratie parlementaire naissante

L’histoire de Mesplet et de Jautard, qui se déroula autour de 1780, nous montre l’influence encore considérable du clergé et des seigneurs intégristes sur l’administration britannique. D’autre part, l’anecdote du Sergent Thompson nous démontre l’effet bénéfique d’une intervention d’un gouverneur anglais, Murray.

L’ascension vers un système démocratique fut inspirée par la proclamation du premier parlement par les anglais le 29 avril 1707; le régime britannique aida le Québec à faire une transition graduelle de l’autoritarisme religieux et de l’absolutisme royal vers un système démocratique. Elle dura cent ans et fut marquée par la répression sanglante de 1837-38 et par l’Acte de l’Union(forcée) de 1840 non équitable pour le Québec, mais mitigé par l’alliance Lafontaine-Baldwin de 1841-1850.

L’Acte de la Confédération de 1867 et le Statut de Westminster de 1931 créèrent finalement un Canada indépendant de l’Angleterre, un nouveau pays qui incluait un Québec désireux de participer à la grande aventure canadienne.

Notes

  1. L’Époque de Voltaire au Canada : biographie politique de Fleury Mesplet, imprimeur par Jean-Paul de Lagrave.
  2. A Bard of Wolfe’s Army : James Thompson, Gentleman Volunteer, 1733-1830, édité par Earl John Chapman & Ian Macpherson McCulloch, Robin Brass Studio, inc., 2010.
  3. La sentence d’étouffement réglait deux problèmes : on se débarrassait et de la coupable et du fruit de son crime.
  4. L’archiviste de l’Hôtel-Dieu put confirmer à l’éditeur Earl John Chapman que Soeur St.Gabriel avait bel et bien existée et qu’elle mourut en juin 1787 à l’âge de 46 ans. Cette confirmation fut obtenue avec la promesse de ne pas révéler le nom de famille de Soeur St.Gabriel. Pour le moment, il a été impossible d’obtenir le procès-verbal du conseil des religieuses autorisant l’Acte de Condamnation.
  5. L’endettement du Haut-Canada, dorénavant assumé par l’Union, était près de deux fois plus élevé que l’endettement du Bas-Canada.
  6. La révolte contre le pouvoir central de Londres avait commencé au Haut-Canada (Ontario) et fut bientôt suivi de celle du Bas-Canada avec l’insurrection de 1837 inspiré entre autres par Louis-Joseph Papineau.
  7. Une conséquence inattendue de cette révolte fut l’émeute du 25 avril 1849 à Montréal où des émeutiers en furie, tous anglophones, mirent le feu au Parlement de Montréal à cause du passage du « Rebellion Losses Bill » qui visait à compenser financièrement les habitants du Bas-Canada qui avaient vu leurs propriétés brûlées ou détruites lors de l’Insurrection de 1837. Les émeutiers réussirent à retarder la loi indéfiniment et à permettre à Ottawa de devenir ainsi la capitale du pays.

Notes biographiques

Pierre Arbour, né en 1935, obtint un B.A. de l’Université de Montréal en 1956 et un B.Com. de McGill en 1959. Il eut une longue carrière dans le domaine financier, entre autres à la Caisse de dépôt et placement du Québec. Il est aussi l’auteur de Québec inc. ou la tentation du dirigisme, publié en 1993. Il est maintenant président de la Fondation Universitaire Pierre Arbour, qui donne des bourses aux étudiants montréalais à la maîtrise et au doctorat.

Un regard neuf sur Napoléon

NAPOLÉON ET LA GLOIRE

Nous avions un professeur au Collège de Montréal qui tressaillait de passion lorsqu’il nous relatait les nombreuses victoires militaires de son héros: nous les francophones avions été élevés sous la mystique sacrée de Napoléon. Voyons les faits. Il est vrai que celui-ci créa la plupart des grandes institutions qui définissent l’État français; il est vrai qu’il encouragea les sciences et les arts et qu’il laissa une marque indélébile en Égypte avec Champollion et son groupe d’archéologues, il est vrai qu’il fit codifier les lois civiles qui nous régissent encore aujourd’hui.

Après s’être fait connaître par le Directoire Révolutionnaire comme celui qui avait chassé les Anglais de Toulon en 1794 en tant que capitaine d’artillerie, Napoléon Bonaparte fut nommé brigadier général et après avoir aidé en 1795 à réprimer une insurrection royaliste à Paris, il fut nommé Général et dirigea la Campagne d’Italie contre l’Autriche en 1796. Après la paix de Campo Formio, il retourna à Paris en 1797 auréolé de ses victoires italiennes où il prit la tête de « l’armée d’Angleterre » qui devait conquérir la perfide Albion.

Incapable de contourner la marine anglaise qui patrouillait les côtes Atlantiques de la France, il tourna son regard vers la Méditerranée où à son extrémité se trouvait l’Egypte qui était un élément essentiel des voies de communication maritimes anglaises.

À la tête d’une armada de 17 navires et d’une armée de 10 000 hommes, il quitta Toulon en 1798 accompagné de savants et d’archéologues qui allaient enfin explorer cette Égypte mystérieuse; Napoléon avait alors 29 ans.

Après une victoire près des Pyramides contre les Mamelukes qui contrôlaient l’Égypte et étaient alliés des Anglais, la flotte française, à l’ancre devant Aboukir, fut coincée et détruite par Nelson, l’amiral anglais de la flotte de Méditerranée. Seul quatre navires français purent échapper au désastre. Entre-temps, Bonaparte toujours plus à l’aise à commander des armées que des navires, réussit à battre les Turcs à Aboukir après une marche forcée dans le désert du Sinaï.

Sans sa flotte, Napoléon se rendit compte qu’il ne pouvait plus compter sur un ravitaillement par mer et que, par conséquent, son armée de terre était condamnée à mourir à petit feu. Réaliste, il abandonna son armée en Égypte, et s’embarqua sur un des vaisseaux intacts et par une chance inouïe réussit à déjouer la surveillance de l’amiral Horatio Nelson dont la mission était de l’arrêter à tout prix et atteignit Toulon.

En 1799, revenu à Paris, il aida à fomenter un coup d’état contre la République en prétextant un complot anarchiste; aidé de son frère Lucien Bonaparte, président de l’Assemblée qui fit sortir les députés de l’hémicycle en panique, il se fit nommer Consul et un peu plus tard Premier Consul; ce complot fut financé par des banquiers et des industriels de droite désireux de se débarrasser de cette révolution de plus en plus gênante.1

Sa popularité étant à son zénith grâce aux victoires de sa deuxième Campagne d’Italie (1800-1801) contre les Autrichiens, il fut nommé Consul à vie en 1802. Il devint donc le seul dictateur capable de donner un souffle guerrier à la France, ce qui permit à celle-ci de s’affirmer comme la plus grande puissance militaire de l’Europe. Le régime révolutionnaire venait de mourir et la dictature napoléonienne venait de débuter permettant à Napoléon de s’affirmer comme génie militaire tout en détournant à son bénéfice personnel et à celui de sa famille le pouvoir qui lui fut accordé par l’Assemblée. Bientôt ses quatre frères et ses trois soeurs se virent à la tête de différents royaumes d’Europe ainsi que deux de ses généraux, Murat à Naples et Bernadotte2 en Suède dont le lointain descendant est toujours roi de ce pays.

À court d’argent pour financer ses campagnes militaires de plus en plus coûteuses, Napoléon entreprit de céder l’immense territoire de la Louisiane qui s’étendait de la Nouvelle-Orléans jusqu’à la frontière canadienne soit quatre fois la superficie de la France. Le 10 mars 1804, ce territoire fut officiellement transféré aux États-Unis contre la somme de 15 millions de dollars U.S.

Finalement le 2 décembre 1804, le chapitre final de l’ambition de Napoléon fut réalisé: son couronnement à Notre Dame de Paris comme Empereur des Français. Napoléon utilisa alors une couronne appelée «couronne de Charlemagne» comme symbole de celui qui fut en 800 le dernier empereur médiéval du Saint Empire Romain: Charlemagne contrôlait alors une grande partie de l’Europe actuelle, comme Napoléon allait tenter de le faire mille ans plus tard.

Finalement Napoléon s’attaqua à réformer de fond en comble l’administration de la justice grâce à la rédaction du Code Civil bousculant ainsi les vestiges des anciens privilèges de la noblesse et du clergé. Il effectua également des réformes en profondeur dans les domaines de la science et de l’éducation tout en encourageant les artistes à travers toute l’Europe. Il fut aussi le créateur de la Police d’état personnifiée par le sinistre Joseph Fouché (1759 – 1820), ministre de la Police, et qui fut sans doute l’inspiration pour Victor Hugo dans son personnage du policier dans Les Misérables. Napoléon devint aussi un symbole de liberté particulièrement en Italie régie par une ancienne noblesse et par l’occupant autrichien; en Pologne il fut l’espoir de l’élite qui espérait une nouvelle Pologne libérée de ses voisins qui l’avait démembré en 1795.

Possédant le contrôle de l’Europe continentale, Napoléon après s’être couronné empereur de sa propre main en décembre 1804, s’empressa de créer une nouvelle noblesse impériale plus arriviste et plus flamboyante que l’ancienne noblesse royale.

Abandonnant son projet d’invasion de l’Angleterre à partir de Boulogne, il assembla la première grande armée multinationale pour donner l’assaut final à une coalition de l’Autriche et de la Russie. Après la victoire éclatante d’Austerlitz de décembre 1805, Napoléon, se rendant compte qu’il ne restait qu’un seul ennemi à abattre, promulgua un blocus total contre les navires britanniques et partant contre le commerce extérieur de l’Angleterre vital à sa prospérité. Bien qu’imparfait ce blocus continental fut imposé en 1806 partout en Europe et quand le Portugal s’avéra réticent , une armée française traversa l’Espagne pour atteindre un Portugal allié aux Anglais et défendu par le duc de Wellington, le célèbre général anglais qui allait contribuer grandement à la défaite de Napoléon au Portugal et en Espagne et plus tard à la bataille de Waterloo. Ne pouvant résister à la tentation d’agrandir l’influence de sa famille, une fois l’Espagne occupée, Napoléon fit nommer son frère Joseph pour remplacer le roi Charles IV d’Espagne démissionnaire. La réaction fut immédiate: une insurrection massive contre l’occupation française qui dura 6 ans et qui lui coûta plus de 200 000 soldats français. Cette insurrection fut immortalisée par la célèbre peinture de Goya « Tres de Mayo » qui dépeint trois patriotes espagnols dont un tend les bras au ciel, se faisant fusiller par un peloton d’exécution français.

Un parallèle peut être tiré entre Napoléon, le génie militaire et l’homme d’État, et Hitler, le raciste obsessionnel et le criminel de guerre: les deux rassemblèrent une flotte de débarquement à Boulogne-sur-Mer composée de barges pouvant transporter 50 000 hommes et leur équipement. Pour Napoléon en 1804, et Hitler en 1941, la traversée de la Manche était l’objectif. Napoléon devait avoir la maîtrise navale pour effectuer la périlleuse traversée, de même pour Hitler, qui comptait sur une maîtrise des airs pour la traversée de son armée, ce qui ne survint jamais grâce au radar et aux avions de chasse anglais.

Pour Napoléon, en 1805, la bataille de Trafalgar au large des côtes de l’Espagne, amena la destruction presque complète de la flotte combinée française et espagnole par l’amiral Nelson, rendant caduc son plan d’invasion à partir de Boulogne. Nelson perdit la vie dans cette bataille, tué par une balle de fusil d’un marin français pendant qu’il dirigeait du pont de son navire la bataille dans son uniforme d’amiral trop visible.3

Napoléon, génie militaire des batailles terrestres, décida alors de retirer sa grande armée de plus de 200 000 hommes des côtes de l’Atlantique pour se lancer à l’attaque de la Ve Coalition dirigée par les Autrichiens. Une série de victoires françaises contre la coalition alliée aboutit à une paix cimentée par le mariage de Napoléon avec Marie-Louise d’Autriche, fille de l’empereur autrichien propulsant ainsi Napoléon dans le cercle restreint de la royauté européenne.

Seul un monarque résista aux pressions napoléoniennes: Alexandre 1er de Russie qui, dans un premier temps, signa un traité avec Napoléon mais finalement décida de ne pas adhérer au blocus continental nuisible à son économie et donc de défier l’empereur français. Napoléon décida alors d’envahir la Russie; il traversa une Pologne démembrée4 et assembla sa Grande Armée de plus de 440 000 hommes aux frontières russes pour en finir avec Alexandre 1er. L’invasion eut lieu à l’été 1812 et la longue marche vers Moscou débuta ponctuée de batailles jamais décisives5.

Napoléon était à la fois un génie militaire et un homme d’État mais cette fois son ambition démesurée allait le perdre.

L’empereur français eut cependant la satisfaction de bousculer les armées russes qui se replièrent à l’est en ayant soin de tout brûler sur leur passage et il pénétra finalement à l’hiver 1812 dans un Moscou abandonné et en flammes. Malheureusement pour lui, il fut forcé d’abandonner la capitale russe après de longues semaines de famine lorsque les Russes refusèrent de négocier un armistice et il dû retirer ses forces en hiver sous les attaques constantes de l’armée et des partisans russes qui harcelèrent la Grande Armée jusqu’à la frontière. La retraite vers l’ouest fut un calvaire: malgré la traversée héroïque de la Bérézina par ses troupes coincées pas les forces du Tsar, Napoléon pour la seconde fois après l’Égypte abandonna son armée. Prétextant des affaires urgentes à Paris, il réquisitionna une berline tirée par des chevaux rapides et dépassa son armée vaincue et en lambeaux6 laissant le commandement de ce qui restait de la Grande Armée au Maréchal Murat7 et à Eugène de Beauharnais, son fils adoptif. Aussitôt après, des désaccords sérieux surgirent entre ses généreux maintenant que Napoléon n’était plus là pour imposer la discipline dans son armée en retraite. La retraite devint un sauve qui peu général qui se transforma en course mortelle vers la frontière Russe.

La Grande Armée n’était plus; il n’y avait qu’une colonne de soldats malades et en haillons retraitant tant bien que mal sous les attaques des Cosaques. Éventuellement, moins de 60 000 hommes des 440 000 hommes de la force d’invasion réussirent à atteindre leur pays respectifs, y compris 20 000 soldats français qui réussirent à rejoindre la France.

Cette fois, une nouvelle coalition composée de Russes, d’Autrichiens, de Suédois et d’Anglais apparut aux Portes de Paris et sur le conseil de ses propres maréchaux, Napoléon dû abdiquer en avril 1814 après avoir refusé avec pétulance une offre d’armistice. Après un adieu émouvant à Fontainebleau devant sa Vieille Garde, Napoléon s’exila dans l’île d’Elbe avec 600 hommes tirés sur le volet. La guerre dans ce temps était une guerre de gentilshommes où on permettait au perdant de se retirer sans plus de formalité.

Dans son île, Napoléon se mit immédiatement à l’oeuvre pour planifier son retour, sachant l’impopularité du roi Bourbon Louis XVIII restauré par la coalition; il débarqua près de Cannes en mars 1815 avec une petite troupe de fidèles partisans.

Les soldats envoyés par Louis XVIII pour l’arrêter se mirent à genoux devant Napoléon, lorsque celui-ci faisant face aux troupes royales offrit sa poitrine en s’exclamant: « Allez-vous tirer sur votre empereur? ».

Celui-ci continua vers Paris avec une armée grossissant à vue d’oeil par la “route Napoléon”8 et arriva tel un héros dans un Paris en liesse afin de préparer sa bataille finale contre la coalition. Deux jours avant l’arrivée de Napoléon à Paris, Louis XVIII, s’inclinant devant l’inévitable, décida de se réfugier à Londres.

L’empereur après avoir réorganisé son armée, lança une attaque éclair en Belgique pour prendre le duc de Wellington et le Maréchal Blücher à revers. Malgré deux victoires à Ligny et à Quatre Bras il fut finalement défait à Waterloo le 18 juin 1815 dans une bataille épique et sanglante, 100 jours après son retour d’Elbe. Exilé à Ste-Hélène cette fois comme prisonnier, il y mourut d’un cancer du foie en 1821 âgé de 51 ans.

Aujourd’hui le génie de Napoléon nous est rappelé par l’Arc de Triomphe à Paris où sont inscrites ses victoires telles Austerlitz et Wagram et à l’Hôtel des Invalides où son corps fut inhumé en grande pompe en 1841.

Entre 1796 et 1815, Napoléon mit littéralement l’Europe à feu et à sang, de l’Espagne à la Russie pour satisfaire son ambition impériale d’une Europe sous l’égide révolutionnaire de la France face à une Angleterre « rétrograde et isolée ». Certains historiens avancent le chiffre de 5 millions de morts dont 2 millions de soldats français résultant des nombreuses campagnes militaires de Napoléon à travers l’Europe et l’Égypte. Le tout finit très mal pour la France, à partir de la terrible défaite navale de Trafalgar et de la défaite finale de Waterloo qui affaiblirent la France9 pour un siècle tout en consacrant l’Angleterre et son empire comme seule grande puissance mondiale.

 Napoléon I (1769-1821) Empereur Napoléon Bonaparte

Napoléon I (1769-1821)
Empereur Napoléon Bonaparte

 Napoléon III (1808-1873) Neveu de Napoléon

Napoléon III (1808-1873)
Neveu de Napoléon

 Alexandre Walewski (1810-1868) Fils de Napoléon

Alexandre Walewski (1810-1868)
Fils de Napoléon

Conclusion

La chute de Napoléon entraina l’ascension de l’Angleterre comme seule grande puissance mondiale ce qui l’amena à créer un Empire immense dont le Canada faisait autrefois partie.

Ce qui est étonnant c’est que la population de la France en 1805, l’année de l’Empire Napoléon, était de 29 millions d’habitants pendant que l’Angleterre avait moins de 10 millions d’habitants.

Les débuts de la révolution industrielle française retardés à cause des nombreuses guerres Napoléoniennes qui avaient détourné les ressources de l’État français vers l’ambition d’un seul homme.

Appendice I

Les femmes dans la vie de Napoléon

 Désirée Clary (1777-1860) Le premier amour de Napoléon et future reine de Suède

Désirée Clary (1777-1860)
Le premier amour de Napoléon et future reine de Suède

 Joséphine de Beauharnais (1763-1814) Épouse et impératrice aimée de Napoléon mais qui ne pouvait lui donner un héritier

Joséphine de Beauharnais (1763-1814)
Épouse et impératrice aimée de Napoléon mais qui ne pouvait lui donner un héritier

 Marie-Louise d’Autriche (1791-1847) Épouse de Napoléon aux ordres de son père et impératrice réticente. Mère de l’Aiglon fils de Napoléon

Marie-Louise d’Autriche (1791-1847)
Épouse de Napoléon aux ordres de son père et impératrice réticente.
Mère de l’Aiglon fils de Napoléon

 Marie Walewska (1786-1817) La seule femme qui eut vraiment aimée Napoléon et qui lui donna un fils, Alexandre Walewski

Marie Walewska (1786-1817)
La seule femme qui eut vraiment aimée Napoléon et qui lui donna un fils, Alexandre Walewski

Appendice II

Les hommes importants dans la vie de Napoléon

 Horatio Nelson (1758-1805) L’amiral anglais qui détruisit la flotte Hispano-Française à Trafalgar en 1805

Horatio Nelson (1758-1805)
L’amiral anglais qui détruisit la flotte Hispano-Française à Trafalgar en 1805

 Lord Wellington (1769-1852) Le général anglais qui vainquit Napoléon à Waterloo en 1815

Lord Wellington (1769-1852)
Le général anglais qui vainquit Napoléon à Waterloo en 1815

 Alexandre I de Russie (1777-1825) qui résista jusqu’à la fin à Napoléon

Alexandre I de Russie (1777-1825) qui résista jusqu’à la fin à Napoléon

 Général Bernadotte (1763-1844) à qui Napoléon avait présenté Désirée Clary et qui devint l’ennemi juré de Napoléon en s’alliant à la Suède

Général Bernadotte (1763-1844) à qui Napoléon avait présenté Désirée Clary et qui devint l’ennemi juré de Napoléon en s’alliant à la Suède

 Joseph Fouché (1759-1820) Le chef de la police d’État de Napoléon, fourbe et sinistre et qui servit sous plusieurs régimes français

Joseph Fouché (1759-1820)
Le chef de la police d’État de Napoléon, fourbe et sinistre et qui servit sous plusieurs régimes français

 Louis Bonaparte (1778-1846) Frère de Napoléon Roi de Hollande avec son fils le futur empereur des Français, Napoléon III

Louis Bonaparte (1778-1846)
Frère de Napoléon
Roi de Hollande avec son fils le futur empereur des Français, Napoléon III

Appendice III

Napoléon Bonaparte, au début et à la fin de sa glorieuse carrière

 Napoléon au pont d’Arcole en Italie en 1796 Il avait alors 27 ans.

Napoléon au pont d’Arcole en Italie en 1796
Il avait alors 27 ans.

 La fin d’un rêve, Napoléon à Fontainebleau en 1814, une année avant la défaite finale de Waterloo, à l’âge de 45 ans

La fin d’un rêve, Napoléon à Fontainebleau en 1814, une année avant la défaite finale de Waterloo, à l’âge de 45 ans

Appendice IV

Chefs d’œuvre de l’époque napoléonienne

 Le Sacre de Napoléon du 2 décembre 1804 Artiste: Jacques-Louis David (1748-1825)Après s’être couronné de sa main, nous voyons Napoléon couronnant la nouvelle impératrice Joséphine, son épouse, sous le regard du pape; étaient présents ses sept frères et sœurs entourés de ses généraux, de la plupart des ambassadeurs européens ainsi que de la nouvelle noblesse impériale

Le Sacre de Napoléon du 2 décembre 1804
Artiste: Jacques-Louis David (1748-1825)Après s’être couronné de sa main, nous voyons Napoléon couronnant la nouvelle impératrice Joséphine, son épouse, sous le regard du pape; étaient présents ses sept frères et sœurs entourés de ses généraux, de la plupart des ambassadeurs européens ainsi que de la nouvelle noblesse impériale

  El Tres de Mayo   Artiste: Francisco de Goya  (1746-1828) L’insurrection contre les Français et l’exécution de patriotes espagnols le 3 mai 1808.

El Tres de Mayo
Artiste: Francisco de Goya (1746-1828)
L’insurrection contre les Français et l’exécution de patriotes espagnols le 3 mai 1808.

  Venus Victorieuse sous les traits de Pauline Bonaparte   Artiste: Antonio Canova  (1757-1822) L’artiste exécuta cette sculpture à la demande du Prince Borghèse épousé par Pauline une année après la mort du Général Leclerc, son premier mari. La statue, toujours au palais de Borghèse à Rome, ne fut montrée au public qu’après la mort du Prince Borghèse. Malgré sa vie amoureuse mouvementée, Pauline Bonaparte fut la seule parmi ses frères et soeurs à demeurer fidèle à Napoléon jusqu’à la fin.

Venus Victorieuse sous les traits de Pauline Bonaparte
Artiste: Antonio Canova (1757-1822)
L’artiste exécuta cette sculpture à la demande du Prince Borghèse épousé par Pauline une année après la mort du Général Leclerc, son premier mari. La statue, toujours au palais de Borghèse à Rome, ne fut montrée au public qu’après la mort du Prince Borghèse. Malgré sa vie amoureuse mouvementée, Pauline Bonaparte fut la seule parmi ses frères et soeurs à demeurer fidèle à Napoléon jusqu’à la fin.

NAPOLÉON ET L’ESCLAVAGE

Il est important de se rappeler que la révolution française de 1789 produisit la première Déclaration des droits de l’homme basée sur le célèbre slogan ?Liberté, égalité, fraternité.?

Emporté par l’euphorie du moment, la Convention fit abolir l’esclavage en 1794 ce qui donna à la France le prestige d’être le premier pays à avoir banni la traite des Noirs; cette déclaration fut faite sans égard aux conséquences négatives pour les grands propriétaires de plantation dans les possessions françaises des Antilles. En 1802, le lobby des riches planteurs de la Martinique et de St-Domingue (Haïti) aidé de l’épouse de Napoléon, Joséphine de la Pagerie, elle-même fille de planteur, réussirent à convaincre Napoléon que sans l’esclavage, les plantations françaises seraient ruinées face à la concurrence anglaise. Aussi Napoléon en 1802 fit légaliser de nouveau cette pratique odieuse et en plus fit bannir les mariages mixtes dans les colonies; ce n’est qu’en 1848 que la traite des Noirs fut définitivement abolie par la IIe République, en France et dans tous ses territoires, soit 15 ans après l’abolition de cette pratique en Angleterre.

Durant cette même année (1802), Napoléon fit réprimer une révolte des esclaves à Haïti ce qui lui valut la perte d’une armée complète décimée par la fièvre jaune et de l’un de ses meilleurs généraux Charles Leclerc marié à sa soeur Pauline. Entre-temps grâce à un subterfuge inacceptable, on s’empara du chef de la révolte, Toussaint Louverture qui venait parlementer avec les Français; celui-ci fut amené en France et emprisonné dans une sinistre forteresse de Haute-Savoie où il mourut en 1803 victime du froid hivernal. Cette mort amena une révolte sanglante des esclaves noirs contre les propriétaires blancs français.

ÉPILOGUE

Les plantations d’Haïti naguère exportatrices furent abandonnées et le pays vécut dans l’anarchie la plus totale jusqu’en 1820 où le président Haïtien Jean Pierre Boyer réussit à négocier un traité de paix avec Charles X le roi français contre une indemnité de 90 millions de francs-or 10 et la diminution des tarifs douaniers de 50%. Cette indemnité devait servir à compenser les planteurs français dépossédés qui eux avaient utilisé la main d’oeuvre gratuite des esclaves noirs pendant plus d’un siècle. À chaque fois que le gouvernement d’Haïti tentait de renégocier ce fardeau fiscal écrasant, les Français utilisaient la technique éprouvée de ?gun boat diplomacy? menaçant Haïti de ses navires de guerre jusqu’à ce que celle-ci recommence à payer. Cette extortion dont les paiements se terminèrent en 1888, acheva d’éteindre toute velléité de reprise économique sur cette île isolée et appauvrie; c’est pourquoi il y a quelque temps un groupe d’intellectuels Haïtiens envoya à la France une demande de remboursement en bonne et due forme tenant compte de la valeur actualisée des 90 millions de francs-or déjà déboursés par Haïti sous la menace française. La note de frais, évidemment ignorée par la France, s’élève à 22 milliards d’euros. Cette somme viendrait à point pour reconstruire l’île d’Haïti victime récente d’un violent tremblement de terre.

Notes Biographiques

Pierre Arbour, né en 1935, obtint un B.A. de l’Université de Montréal en 1956 et un B.Com. de McGill en 1959. Il eut une longue carrière dans le domaine financier, entre autres à la Caisse de Dépôt et Placement du Québec. Il est aussi l’auteur de «Québec Inc. ou la tentation du dirigisme» publié en 1993. Il est maintenant président de la Fondation Universitaire Pierre Arbour qui donne des bourses aux étudiants Montréalais aux niveaux de la maîtrise et du doctorat.

  En 1812   Artiste: Illarion Prianichnikov  Prisonniers français; près de 200 000 soldats de la Grande Armée furent faits prisonniers en Russie

En 1812
Artiste: Illarion Prianichnikov
Prisonniers français; près de 200 000 soldats de la Grande Armée furent faits prisonniers en Russie

1 D’après Henri Guillemin

2 Le général Bernadotte était l’époux de Désirée Clary, future reine de Suède qui avait été le grand amour de Napoléon avant le mariage de celui-ci avec Joséphine de Beauharnais.

3 Au Québec cet évènement fut commémoré par l’érection d’une colonne et d’une statue à Nelson qui existent toujours sur la Place Jacques Cartier à Montréal.

4 La Pologne avait été démembrée et absorbée par ses voisins dont la Russie et l’Allemagne en 1795: des notables polonais, soucieux de recréer leur pays, convainquirent la jeune et belle Marie Walewska, 20 ans, déjà mariée à un noble polonais, de s’offrir à Napoléon, de passage à Varsovie, afin de plaider la cause de l’indépendance polonaise. Elle devint la maîtresse de Napoléon en 1806 et après la naissance de son fils Alexandre, elle vint le visiter à Paris avec l’enfant où celui-ci fut nommé Comte par Napoléon. Plus tard, elle le visita à l’Île d’Elbe et elle continua de correspondre fidèlement avec Napoléon exilé dans l’île Ste-Hélène jusqu’à la mort de celui-ci.

5 Hitler, se rendant compte qu’il ne pouvait envahir l’Angleterre puisqu’il n’avait pas la maîtrise des airs ni des eaux de la Manche, il décida alors de concentrer son armée dans une attaque surprise contre l’Union Soviétique. Les Allemands envahirent l’URSS en juin 1941 et après une série de victoires et d’encerclements des armées adversaires, ils furent bientôt aux portes de Moscou et de Léningrad avant que le rouleau compresseur soviétique se mette en marche pour repousser les Allemands de 1943 à 1945 jusqu’à Berlin. Des 3 millions de soldats allemands qui initialement balayèrent tout sur leur passage, à peine 200 000 revinrent sain et sauf en Allemagne en 1944.

6 Accompagné d’Armand de Caulaincourt, ministre des affaires étrangères.

7 Joachim Murat (1767-1815) également roi de Naples grâce à son mariage à Caroline Bonaparte, soeur de Napoléon.

8 Maintenant un circuit touristique

9 Incroyablement, la France poursuivit son engouement pour la famille de Napoléon Bonaparte; en 1852, le neveu de Napoléon, Louis-Napoléon, fut plébiscité comme nouvel empereur des français portant le nom de Napoléon III, pour le distinguer de Napoléon II le fils de Marie-Louise d’Autriche mort à 21 ans, appelé l’Aiglon. Entre-temps, le seul fils vivant de Napoléon Bonaparte, Alexandre Walewski, issu de sa liaison avec la comtesse polonaise Marie Walewska, quitta la Pologne en 1830 et devint citoyen français en 1835. En 1856, il présida le Congrès de Paris et à la fin de sa vie devint sénateur et président de l’Assemblée Législative. Les deux cousins, l’un neveu de Napoléon, l’autre son fils, régirent la France pendant plus de 15 ans! La défaite humiliante de la France aux mains des Prussiens de Bismark en 1870 amena l’abdication de Napoléon III en 1871 et la création de la IIIe République.

10 Source: Jérôme Gautheret, Le Monde, janvier 2010